La bienveillance a-t-elle sa place au travail?

Article de Léna Aka

Bienveillance : mot à la mode qui a fini par être vidé de son sens.

Confondus par beaucoup avec la politesse et le fait de faire la bise au bureau ou encore d'être ponctuel en réunion, façade pour d'autres qui pensent enfumer leurs collaborateurs avec un babyfoot et un(e) Chief  Happiness Officer en stage, la "bienveillance au travail" et le "management bienveillant" font couler beaucoup d'encre et nous sont servis à toutes les sauces. 

Et c'est bien connu, en général ceux qui en parlent le plus en font le moins.

 

Utopie, monde des Bisounours, qu'est ce que la bienveillance?

 

La bienveillance, c'est vouloir le bien, avoir une disposition favorable envers autrui. Il s'agit d'une intention sincère qui se traduit en entreprise par une posture d'écoute et d'accompagnement qui donne à chacun la possibilité de développer son potentiel et donner du sens à son travail. Pour les salariés, la bienveillance au travail évoque "le respect, le soutien et l'aide, l'attention et la reconnaissance*".

 

La bienveillance, ce n'est pas "être gentil", tout laisser faire ou s'abstenir de dire les choses. Ce n'est pas incompatible avec la performance, un niveau d'exigence et le feedback. Il a même été démontré que la productivité est augmentée de 12% en moyenne dans les équipes dans lesquelles les collaborateurs ressentent du bonheur.

 

La bienveillance en entreprise, pour quoi faire?

 

Ce n'est pas une recette magique et elle ne doit être ni un outil marketing (on parle alors de "happy washing**"), ni un diktat imposée par la direction. Car tout comme le bonheur qui ne se décrète pas, la bienveillance n'a de sens que si la démarche est sincère. Il s'agit d'un état d'esprit qui peut se développer dans l'entreprise sous l'impulsion de la direction et des managers, qui en montrant l'exemple et en créant les conditions favorables, encouragent l'intelligence collective, la collaboration et le mieux vivre ensemble.

 

Si personne n'est dupe quant au fait que la mise en place d'un management bienveillant par les entreprises est loin d'être désintéressée car il s'agit de maximiser la performance et d'apporter une réponse au désengagement des salariés qui ne cesse de croître depuis dix ans, ceux-ci savent également qu'ils on tout à y gagner. La bienveillance participe à une bonne ambiance et au bien-être, et d'après une étude récente*** , près d'un cadre sur deux estime qu'améliorer sa qualité de vie au travail est un critère pour quitter son poste. C'est l'enjeu actuel des entreprises : améliorer la qualité de vie au travail pour augmenter l'engagement et la productivité des collaborateurs, prévenir les risques psychosociaux et développer la marque employeur.

Cultiver la bienveillance au travail bénéficie donc à tout le monde, c'est un accord gagnant-gagnant!

 

"C’est le bonheur qui crée la performance et non l’inverse."

Yannick Noah

 

* Etude Deloitte, QVT et bienveillance, 2017

** On parle de "happy washing" lorsqu'une entreprise revendique et utilise des valeurs comme des outils marketing pour embellir son image mais sans action réelle. Il y a alors une inadéquation entre ce que l’entreprise communique et la réalité vécue par les salariés.

***Baromètre Cadremploi/Ifop "Les cadres et leur avenir", 2019